Ce professeur d’Oxford a beaucoup œuvré pour faire accepter, notamment en Angleterre et aux Etats-Unis, la philosophie de la religion comme une discipline à part entière au sein de la philosophie qui, depuis qu’elle a acquis progressivement son autonomie face à la théologie, se montre assez méfiante face à la question de la religion.
"Bien sûr, dans les départements des universités anglo-américaines, la plupart des philosophes sont, aujourd’hui comme il y a cinquante ans, athées, déclarait-il récemment. Mais il y a cinquante ans, personne ou presque n’était prêt à reconnaître que les arguments en faveur de l’existence de Dieu puissent faire l’objet d’une discussion philosophique digne de ce nom. À présent, les choses ont bien changé, parce que nous avons utilisé les méthodes et les résultats les plus récents d’autres branches de la philosophie - l’épistémologie, la philosophie de l’esprit, l’éthique - dans nos arguments sur la religion. De sorte que d’autres ont considéré la philosophie et la religion comme faisant partie d’une même entreprise philosophique."
Des nombreux écrits de Richard Swinburne sur la question de l’existence de Dieu, on pourra retenir Y a-t-il un Dieu?, un ouvrage de synthèse qui vient d’être traduit en français par Paul Clavier. L’auteur ne procède pas exactement à une "démonstration" de l’existence de Dieu, comme ont pu le faire les philosophes classiques, mais il essaie de montrer la validité de l’hypothèse théiste à travers un certain nombre d’arguments rationnels.
Il s’agit de comprendre en quoi l’hypothèse de l’existence de Dieu est pertinente pour expliquer le monde et son ordre, l’existence humaine, les miracles ou l’expérience religieuse. La question de savoir s’il y a un Dieu n’est donc ni interdite ni irrationnelle. Si même les sciences de la nature postulent des entités qui ne sont pas observables, il n’y a pas de raison d’interdire au philosophe de postuler un être au-delà de l’expérience et d’expliquer ainsi l’observable par l’inobservable. Procédant par étapes, mettant à l’épreuve arguments et contre-arguments selon la méthode philosophique chère aux auteurs anglais et américains, Richard Swinburne repose à nouveaux frais - loin de dérapages créationnistes ou des présupposés lourds de l’intelligent design sur la finalité dans l’univers - la question de l’existence de Dieu. Et y répond.
Y a-t-il un Dieu?, Richard Swinburne, traduit de l’anglais par Paul Clavier (Ithaque, 2009), 136 p., 18 €.